Nikujaga Maison
La recette réconfortante de la cuisine familiale japonaise

肉じゃが

Il existe au Japon une expression pour désigner ce genre de plat : ofukuro no aji, littéralement « le goût de maman ». Le nikujaga en est l’incarnation la plus citée, celle que l’on demande souvent en premier quand on interroge un Japonais sur le plat qui lui rappelle son enfance. Rien d’étonnant à cela : ce mijoté de bœuf et de pommes de terre, parfumé à la sauce soja et au mirin, n’a rien de spectaculaire à l’œil, mais tout dans le goût. C’est un plat de patience plus que de technique, de ceux qui mijotent doucement pendant qu’on s’occupe d’autre chose dans la maison.

Cette recette s’inscrit dans notre collection de recettes japonaises authentiques, fidèles aux usages traditionnels.

Le nikujaga occupe une place particulière dans mon parcours de la cuisine japonaise familiale : c’est l’un des tout premiers plats mijotés que l’on m’a appris à préparer, et l’un de ceux que je refais encore aujourd’hui sans avoir besoin de consulter une recette. Voici la version que je prépare depuis vingt ans, avec les proportions et les gestes qui font, selon moi, toute la différence entre un nikujaga correct et un nikujaga qui a vraiment le goût du Japon.


  • Temps de préparation : 20 minutes
  • Temps de cuisson : 35 minutes
  • Difficulté : facile
  • Pour : 4 personnes
  • Cuisine : familiale
Pour faciliter vos courses, voici les ingrédients de votre recette japonaise.
  • 300 g de bœuf en fines tranches (paleron ou plat de côtes, type shabu-shabu ou sukiyaki), à défaut du porc en tranches fines
  • 1 c. à soupe d’huile neutre
  • 4 pommes de terre moyennes (variété à chair ferme), coupées en gros morceaux
  • 1 grosse carotte, coupée en rondelles biseautées (rangiri)
  • 1 oignon jaune, coupé en quartiers épais
  • 100 g de shirataki (nouilles de konjac), égouttées, en option mais traditionnel
  • 2 c. à soupe de petits pois ou de haricots verts, pour la couleur en fin de cuisson
  • 400 ml de dashi (kombu et katsuobushi, ou dashi en sachet de qualité)
  • 3 c. à soupe de sauce soja
  • 3 c. à soupe de mirin
  • 2 c. à soupe de saké
  • 1 c. à soupe de sucre
  • 1 morceau de gingembre frais, en tranches fines (facultatif mais recommandé)
Laissez-vous guider par le chef à chaque étape pour réussir votre recette japonaise à la maison.

Épluchez les pommes de terre et coupez-les en gros morceaux,
quitte à casser légèrement les arêtes avec le tranchant du couteau (une technique appelée mentori) :
cela évite qu’elles ne se délitent à la cuisson. Faites-les tremper 10 minutes dans l’eau froide
pour retirer l’excès d’amidon, puis égouttez. Coupez la carotte en rondelles biseautées et l’oignon en quartiers épais.

Faites chauffer l’huile dans une cocotte ou une sauteuse à fond épais.
Ajoutez le bœuf coupé en morceaux et faites-le revenir à feu vif jusqu’à ce qu’il change de couleur,
sans chercher à le colorer fortement. Cette étape scelle les sucs et parfume immédiatement toute la cocotte.

Ajoutez l’oignon et faites-le revenir 1 à 2 minutes, jusqu’à ce qu’il devienne translucide.
Ajoutez ensuite les pommes de terre, la carotte et le gingembre, et mélangez pour enrober le tout des sucs de cuisson.

Versez le dashi, la sauce soja, le mirin, le saké et le sucre. Portez à ébullition, puis écumez soigneusement l’écume grisâtre
qui remonte à la surface : c’est ce geste qui garantit un bouillon net plutôt que trouble.
Réduisez à feu doux, posez un otoshibuta — un couvercle flottant en bois ou en papier sulfurisé percé,
plus petit que le diamètre de la cocotte, posé directement sur les aliments — et laissez mijoter 20 à 25 minutes,
jusqu’à ce que les pommes de terre soient fondantes à cœur. Ajoutez les shirataki à mi-cuisson.

Quand les pommes de terre s’écrasent facilement sous la pointe d’un couteau,
ajoutez les petits pois pour les 2 dernières minutes de cuisson, juste le temps de les réchauffer
sans leur faire perdre leur couleur. Coupez le feu et laissez reposer 5 à 10 minutes hors du feu
avant de servir : c’est pendant ce repos que le nikujaga absorbe le plus de saveur.

Experte de la cuisine et de la culture japonaise familiale et de sa transmission à Paris

J’ai reçu la culture japonaise par transmission familiale (mon parcours). La passion de mon père et la cuisine de ma belle famille y ont joué un rôle majeur. A mon tour, je veux vous transmettre l’expérience d’un Japon authentique, par les saveurs, les goûts, les images, les récits.

Le nikujaga fait partie de ces plats qu’on ne pense jamais à photographier tellement ils paraissent simples, et pourtant c’est celui que ma belle-famille japonaise cuisinait le plus souvent, presque sans y penser, un soir de semaine sur deux. Ce que j’ai mis des années à comprendre, c’est que sa simplicité apparente repose sur des détails précis : la découpe des pommes de terre, l’écumage du bouillon, le temps de repos hors du feu. Aucun de ces gestes n’est spectaculaire, mais réunis, ils font toute la différence entre un ragoût quelconque et un vrai plat de ofukuro no aji. C’est aussi le plat que je recommande en premier à qui veut découvrir la cuisine japonaise du quotidien, loin des sushis et des tempuras : le nikujaga est, à mes yeux, le plat le plus honnête de tous.

Découvrir les conseils et astuces de chef japonais

Casser légèrement les arêtes des pommes de terre.

Une feuille de papier sulfurisé percée de quelques trous et posée directement sur les aliments répartit la chaleur et concentre les saveurs sans qu’il soit nécessaire de beaucoup remuer, ce qui préserve la tenue des légumes.

Comme beaucoup de plats mijotés japonais, le nikujaga est souvent meilleur réchauffé le lendemain : les saveurs continuent de s’infuser en refroidissant.

Un mijoté japonais se secoue plutôt qu’il ne se remue : faites tourner doucement la cocotte de temps en temps plutôt que de brasser à la cuillère, pour ne pas casser les morceaux de pomme de terre.

Le remède japonais : un mijotage doux, à peine frémissant, sous otoshibuta, sans remuer. Écumez soigneusement en tout début de cuisson : c’est ce geste, plus que la puissance du feu, qui donne au bouillon sa clarté.

Si le plat semble encore fade en fin de cuisson, ce n’est presque jamais un problème de dosage, mais de temps de repos : laissez reposer 10 minutes hors du feu, couvercle fermé, avant de servir.

C’est pendant ce repos que le dashi assaisonné achève de pénétrer les pommes de terre.


Dans le Kansai, on utilise traditionnellement le bœuf ; dans le Kantō, autour de Tokyo, le porc est tout aussi courant. Remplacez simplement le bœuf par des tranches fines de porc pour une version plus douce et légèrement plus grasse.

Une version plus légère avec des hauts de cuisse de poulet coupés en morceaux, particulièrement appréciée pour les repas de semaine.

Remplacez la viande par du tofu ferme grillé ou par un supplément de champignons shiitake, et utilisez un dashi 100 % kombu.

Une variante très populaire au Japon : ajoutez un bloc de roux de curry japonais en toute fin de cuisson pour transformer les restes de nikujaga en curry maison le lendemain.

Ajoutez de jeunes pommes de terre nouvelles et des petits pois frais en pleine saison : la cuisson est plus courte et le plat gagne en fraîcheur.


Traditionnellement du bœuf en fines tranches dans la région du Kansai, et du porc dans celle du Kantō. Les deux versions sont parfaitement authentiques ; choisissez selon vos goûts ou ce que vous avez sous la main.

Oui, et c’est même recommandé : comme beaucoup de plats mijotés japonais, le nikujaga est souvent meilleur le lendemain, une fois que les saveurs ont eu le temps de bien pénétrer les légumes.

C’est un couvercle flottant, en bois ou en papier, posé directement sur les aliments pendant la cuisson pour répartir la chaleur sans excès d’évaporation. À défaut, une feuille de papier sulfurisé percée de quelques trous fonctionne très bien.

Le plus souvent parce que le mijotage est trop vif ou que le plat a été trop remué. Un feu doux, un otoshibuta et le geste du mentori (arêtes légèrement cassées) préservent la tenue des morceaux.

Oui, ils sont facultatifs. À défaut, vous pouvez les omettre sans dénaturer le plat, ou les remplacer par des vermicelles de riz ajoutés en toute fin de cuisson.

Non, c’est un plat doux, à dominante sucrée-salée, typique de la cuisine familiale japonaise. Il ne contient ni piment ni épices fortes.

Le sukiyaki se prépare et se déguste directement à table, souvent avec un œuf cru en accompagnement, tandis que le nikujaga est un plat mijoté préparé en cuisine, plus proche d’un ragoût familial du quotidien.

Oui, mais les pommes de terre peuvent légèrement changer de texture une fois décongelées. Si vous prévoyez de congeler le plat, il est préférable de les cuire un peu moins longtemps avant congélation.

Traditionnellement, un bol de riz blanc et une soupe miso, pour former un repas complet à la japonaise (ichiju sansai).

Parce que c’est l’un des plats mijotés les plus couramment préparés dans les foyers japonais, transmis de génération en génération, et souvent cité en premier quand on demande à un Japonais quel plat lui rappelle son enfance.

Itadakimasu ! Bon appétit !

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